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femmes

  • Eternelle jeunesse...

    Au pays de l'éternelle jeunesse :

    Mi-vagabond mi-globe-trotter, j’ai visité bien des pays de la Terre. J’ai vu l’Afrique et ses tribus, ses animaux magnifiques, la pauvreté de ses villages. J’ai vu la Russie et ses quartiers pauvres, la misère de ses taudis. Des villes immenses. Des métros bondés de gens pressés, des quartiers riches où de pauvres hères, le plus souvent estropiés, vivent de leur mendicité.

    Et puis j’ai vu l’Inde légendaire, l’inde en pleine mutation, où se côtoient pauvres et riches, jeunes et vieux, gens incultes et gens instruits, fatalistes et ambitieux. J’ai rencontré des gens qui possèdent encore la sagesse d’autrefois : un maître de l’art théâtral, un maître de musique, et un maître de respiration archaïque. Ayant remarqué ma passion pour les voyages, le maître de respiration m’a demandé : « voudrais-tu connaître le pays de l’éternelle jeunesse ? ». Très étonné, j’ai répondu que je n’en avais pas entendu parler.

    Alors il a ajouté « tu devrais visiter le pays de l’éternelle jeunesse. Je vais t’expliquer où il se trouve ». Après avoir visité tant de pays où la vie est si difficile, j’avais très envie d’aller me ressourcer : le pays de l’éternelle jeunesse me semblait tout indiqué pour une halte durable, voir même pour m’y installer.

    « Mais avant cela, insista le professeur, je dois t’apprendre la respiration archaïque ». En mon for intérieur, je me demandais en quoi cela pourrait m’être utile. Mais puisqu’apparemment, c’était une condition à laquelle il attachait de l’importance, je choisis de ne pas manifester mes doutes, et de prendre quelques jours pour suivre son enseignement.

    C’était un excellent professeur, et sa technique était facile à suivre. En seulement deux jours il m’enseigna comment faire, et pendant les deux jours qui suivirent, il me laissa m’entraîner seul. Finalement je lui demandais : « est-ce je vais maintenant pouvoir partir au pays de l’éternelle jeunesse ? ». Il rit et me dit : « patience ! je vois que tu te débrouille pas mal. Encore deux jours, et ce sera parfait ».

    Je respirai donc deux jours de plus l’air de son ashram, assaisonné d’encens et de parfums épicés. C’est le matin du septième jour qu’il revint me voir : « Tu vas maintenant pouvoir partir : je vais t’indiquer le chemin. Mais autant que tu le saches, les gens de là bas souffrent beaucoup, la vie n’y est pas facile ». Un peu surpris, je décidai néanmoins de faire mes bagages, et je partis sans me faire davantage de soucis.

    En arrivant au pays de l’éternelle jeunesse, je n’y trouvai nulle trace de souffrance. Tout le monde était jeune et beau, les femmes étaient ravissantes. Tout le monde semblait souriant et gai, je n’eus aucun mal à me faire des amis. Quand je leur racontais, dans les soirées où j’étais invité, mes aventures de voyages, tous étaient intrigués. Ils me demandaient de décrire mes rencontres dans les détails. Parfois ils paraissaient touchés par toutes ces difficultés, auxquelles ils avaient toujours échappé : elles leur semblaient à la limite du supportable.

    Quand je leur demandais quel était le secret de leur éternelle jeunesse, ils répondaient invariablement qu’ ils savaient prendre soin de leur physique. Qu’ils y portaient beaucoup d’attention, et bénéficiaient de toute l’expérience, des spécialistes de l’hygiène corporelle. Parfois l’un d’eux ou l’une d’elle, ne venait plus aux soirées habituelles, et quand je demandais de ses nouvelles, on me répondait que c’était « pour se soigner ».

    C’est seulement après un certain temps, que je remarquais que les absents, ne revenaient pas et que j’aperçus, de-ci, de-là, des regards gênés, des visages inquiets. Je repensai aux paroles de mon professeur de respiration archaïque : se pouvait-il réellement que les gens d’ici, souffrent secrètement ?

    Je trouvai assez vite un studio et un petit boulot. Ce n’est qu’en y vivant, que je pus découvrir la culture de ce pays : culture du secret, culture de la beauté, culture physique de corps parfaits, de visages où toute ride devait être cachée. Alors je repensai à la vie de Siddhârta, dans le palais merveilleux de son père, là où tout était calculé pour cacher la misère. Se pourrait-il qu’ici aussi, existe un monde derrière le monde ? Un monde silencieux, un monde obscur, caché derrière de hauts murs, aux oubliettes de la cité ? Et si les gens « partis se soigner » étaient simplement évacués derrière les murailles de quelque hôpital secret ?

    Un jour que nous parlions philosophie, avec quelques amis, je me décidai à poser la question qui depuis longtemps me brûlait les lèvres. Prenant mon courage à deux mains, je risquai : « puisque vous avez le secret de la jeunesse, avez-vous aussi celui de l’immortalité ? »

    Qu’est-ce que j’avais pas dit ! Les visages se sont fermés : Regards consternés, mâchoires serrées, la discussion cessa sur le champ. Jamais je ne fus plus invité dans les soirées : évidemment j’avais dû prononcer un mot tabou. Certainement, tout ce qui faisait penser à la mort, et même son contraire, devait être tenu secret…

    Je mis très longtemps à me refaire des amis. Dans toute la bonne société on se méfiait de moi : j’étais une personne imprévisible ! Je pouvais en pleine réunion amicale, dire une énormité et fiche par terre, l’ambiance festive de laquelle il ne fallait évidemment jamais se départir. Mes nouveaux amis étaient tous des gens présentant quelque particularité hors norme. En fait, des êtres de seconde zone. Certains n’étaient pas très riches, d’autres pas très bien habillés, d’autres un peu provocateurs.

    Tous avaient plus ou moins été écartés des soirées mondaines. Avec eux les relations étaient plus faciles, même si je devais encore mesurer mes paroles, certains d’entre eux étant très sensibles. Ce qu’il y avait de bien en tous cas, c’est que même après une première réaction parfois épidermique, jamais ils ne gardaient de rancune. C’est ainsi que je les appréciais, à leur contact je compris la réalité des choses : si l’on voulait survivre ici, il fallait s’engager dans une course à la perfection, et y jeter toutes ses forces. Le bronzage en été, le ski l’hiver, étaient des formalités incontournables. Dépenser son argent en soirées, vêtements et victuailles, préparer les ripailles dans les moments de Noel, c’était là un minimum indispensable.

    Toute l’année la chasse était ouverte, la chasse aux rides, la chasse aux cheveux blancs, la chasse aux signes de faiblesse, de vieillesse ou de paresse. Seul l’embonpoint était toléré, un peu moqué, mais toléré tout de même _pour le sexe masculin uniquement_ en raison du symbole de réussite qu’il représentait. Après quelques temps je remarquais des signes de fébrilité, au sein de cette société.

    Je remarquai que les gens s’agitaient, et pas forcément pour un résultat. Parfois ils travaillaient comme des forcenés, rien que pour selon eux « ne pas s’ennuyer ». Ils avaient horreur de l’inaction parce que disaient-ils, ça les faisait « gamberger ». Je savais bien à quoi ils gambergeaient. Mais amis me l’avaient dit, il y a un autre monde caché derrière les murs de la cité.

    Un monde à côté duquel même mes amis, pourtant citoyens de seconde zone, auraient paru privilégiés. Derrière les murs de la cité, il y avait tous les gens qu’on désirait cacher, parce qu’ils n’avaient pas réussi à se maintenir dans cette course folle, la course à l’éternelle jeunesse. On disait qu’ils étaient bien soignés, pour ce qui est des soins corporels, mais qu’en revanche ils souffraient d’avoir été écartés de leur vie habituelle.

    Et que le personnel, pour éclairé qu’il soit au niveau technique, n’avait aucunement le temps de se mettre à l’écoute de leurs plaintes. Mes amis aussi, cédaient parfois à la panique. Une angoisse sourde et contagieuse, qui m’atteignait à moi aussi. Elle survenait le plus souvent la nuit, à l’heure où tout le monde s’est endormi, et où on se retrouve face à face avec soi-même.

    C’est alors que je me souvins des paroles de mon maitre de respiration archaïque et je décidai de me remettre à sa technique. A ma grande surprise je m’aperçus que cette respiration, calmait miraculeusement l’angoisse… J’en fis part à mes amis : quelques uns acceptèrent de me croire. Mais ils n’avaient pas toujours la patience de persévérer assez longtemps, pour que ce soit efficace… Alors j’utilisai la respiration archaïque pour moi-même… C’était un bon antidote à l’angoisse.

    Pourtant au bout de quelques temps, je m’aperçus que la technique à elle seule ne suffisait pas : l’angoisse disparaissait, puis revenait. Elle disparaissait, puis revenait. Néanmoins elle était devenue supportable, et je savais que je n’aurais plus à la fuir. Peu à peu j’arrivai à la regarder en face. Je m’aperçus qu’elle arrivait sous forme d’images, de mots défilant dans ma tête, et aussi de sensations d’inconfort. Je me souvins de cette parole touareg : « Au loin je vis une silhouette et je pris peur, pensant que c’était un fauve. Mais quand la silhouette s’approcha, je vis que ce n’était qu’un homme. Et quand elle s’approcha encore, je vis que c’était un ami ».

    Je me dis que si l’angoisse revenait sans cesse, c’est qu’elle devait bien avoir une fonction. Après tout si l’on en croit Darwin, l’évolution des espèces élimine sans coup férir, tout ce qui est inutile à la survie. Alors quand me revenait un scénario catastrophe, je commençais par activer la respiration archaïque pour me calmer, et puis je regardais le film…

    Je me voyais sur l’écran, de l’extérieur, me débattre dans telle ou telle scène imaginaire. Des scénarios concernant le plus souvent, des événements à venir : à quoi tout cela pouvait-il bien servir, sinon à éviter le pire ? Alors je me mis à regarder les scénarios, à les suivre jusqu’à leur terme. Parfois je déroulai le film à l’envers, je changeai quelques détails, et je relançais le film pour en observer les conséquences... Comment faire dans tel cas ? Et dans tel cas ? Et dans tel autre cas ?

    Peu à peu les angoisses sont devenues mes amies. Quel magnifique système de prévention ! C’est comme d’apprendre à piloter sur un simulateur de vol. Le système vous dit : « et si vous n’avez plus de kérosène ? Et s’il y a un pirate dans l’avion ? » A chaque fois il vous laisse le temps de réfléchir. Vous devez trouver une solution, puis réagir. Quand vous devenez très très bon, le système passe au niveau supérieur : « Et si vous n’avez plus de kérosène, qu’il y a un pirate dans l’avion, et qu’il vous demande de faire un détour par Honolulu ?»

    Il y a toujours un moment où le système automatique de prévention du pire vous pose un problème insoluble. Après tout c’est son métier de prévoir le pire. Un moment donné il vous dit : « Et quand tu vas mourir, tu feras quoi, après ? ».

    C’est à cause de cette question-là, qu’au pays de l’éternelle jeunesse, on peut pas s’en faire un ami. Au pays de l’éternelle jeunesse, on hait le système de prévention du pire. On cherche par tous les moyens, à le faire taire. En fait, j’avoue que cette question m’a déstabilisé aussi.

    Sur le moment je n’ai rien pu répondre. « Et quand tu vas mourir, tu feras quoi après ? ». Je ne savais comment répondre à cette devinette, alors le système automatique de prévention du pire, se faisait un malin plaisir, de venir me la resservir. De préférence la nuit évidemment, au moment où j’avais le temps de réfléchir …

    Un jour cependant, je tombai accidentellement sur la réponse d’Einstein à un journaliste. A la question « est-ce que vous croyez en Dieu ?», Einstein répondit : « dites moi d’abord comment vous définissez Dieu, ensuite je vous dirai si j’y crois». Et là, c’est le journaliste qui resta coi.

    Holà, me dis-je, mais je tiens la réponse magique ! Le soir même, lorsque mon système infaillible de prévention du pire se pointa devant moi, je lui dis : « c’était quoi ta question déjà ? ». Alors sans hésiter, il déroula sa mécanique : « Et quand tu vas mourir, tu feras quoi après ? » « Dis moi d’abord ce qui se passe après la mort, je te dirai ce que je ferai alors. »

    Note : La personne qui raconte l'histoire est bien sûr un personnage imaginaire. Cette histoire est partie d'un rêve, que j'ai fait voici quelques mois. Je marchais dans une forêt, traînant un boulet enchaîné à la jambe... Le boulet se faisait de plus en plus lourd à mesure que je marchais, et de plus il s'accrochait aux buissons et aux racines. Alors je me retournai et vis que c'était un boulet carré : Je m'accroupis pour le voir de plus près, c'était en fait une caisse à outils... Avec une étiquette sur laquelle il était marqué : "ANGOISSES". Et quand j'ouvrai la caisse à outils, je vis des clés étincelantes... Régis

     

  • Hommes et femmes politiques : langage non verbal

    Dans un article précédent, j'ai présenté un reportage vidéo sur le langage non verbal des hommes politiques. Depuis lors, de nouveaux personnages ont fait leur apparition, et parmi ces derniers, deux sont particulièrement intéressants du point de vue du langage non verbal :

    - Marine le Pen tout d'abord, parce que comme nous l'avons vu dans le reportage, être une femme en politique est un exercice difficile

    - François Hollande aussi est un cas intéressant, il doit trouver un nouvel équilibre, il doit en effet faire oublier son image d'homme trop débonnaire pour être Président...

    Honneur aux dames, voici d'abord la vidéo de Marine le Pen :

    On remarquera qu'elle mise peu sur la séduction (en comparaison de Ségolène Royal par exemple), en adoptant une voix plutôt grâve pour une femme. L'attitude du corps est très droite, stable, avec beaucoup de mouvements de tête, qui marquent une certaine détermination, il y a aussi beaucoup d'impulsions dans les mouvements du corps. Le menton est souvent positionné haut, le ton est parfois solennel, les phrases étant ponctuées par des silences et des regards marqués vers le public.

    A-t-elle du charisme ? Réussira-t-elle à toucher les électrices ? On en reparle après la vidéo :

     
    Marine Le Pen a ses 500 signatures par LCP

    Et maintenant, voici François Hollande :

    Que faut-il remarquer ? Hé bien tout d'abord, l'attitude est totalement différente : corps arc-bouté comme un coureur cycliste. La voix est rugissante : sans doute a-t-il été coaché, pour faire oublier son image de mollesse. La main droite scande énergiquement le discours, ajoutant encore à la détermination. Profitez de cette vidéo pour observer comme les gestes inconscients sont souvent proches des paroles prononcées :

    - quand il dit "sans limites", ses bras s'écartent comme pour augmenter l'espace de ses propos

    - quand il dit "espoir", une main s'avance vers la foule comme s'il cherchait à obtenir son aide

    A-t-il du charisme ? On en reparle après la vidéo :


    F. Hollande : "je vais créer 150 000 emplois... par ITELE

    En conclusion : ces deux personnes ont-elles du charisme ?

    Evidemment ! On n'arrive pas à ce stade sans avoir déjà un charisme exceptionnel.

    Rappelons que, d'après le reportage sur le non verbal des hommes politiques, le charisme nécessite de possèder à la fois de l'autorité et de l'optimisme. C'est un savant mariage des deux qu'il faut cultiver, et les deux candidats expriment bien cela, dans une proportion cependant différente.

    François Hollande a naturellement toutes les qualités pour exprimer l'optimisme, dommage que dans la vidéo précédente, on remarque chez lui des expressions de tristesse. Notons que la tristesse sabote le charisme, ainsi qu'il est dit dans le reportage, où le cas de Georges W Bush avait été cité comme un exemple de ce qu'il ne faut pas faire. Concernant l'autorité, la voix rugissante est peut-être un peu trop théatrale, François Hollande devra peut-êtr trouver un autre équilibre.

    Quant à Marine le Pen, elle n'a aucune difficulté à exprimer l'autorité, et n'a jamais d'expressions de tristesse, même quand elle évoque une situation qu'elle déplore. C'est déjà beaucoup, mais on ne peut pas dire qu'elle soit vraiment optimiste, et il est clair qu'elle gagnerait à travailler la chose. Martin Luther King avait réussi ce challenge : dans une situation qui ne lui convenait pas, il était parvenu néanmoins à rester optimiste, en évoquant un avenir lointain, tel qu'il le rêvait :

    Video de Martin Luther King :


    Martin Luther King "I have a dream" par WeHaveADream

     

  • Amis hyperactifs, faites une pause !

     

    Lettre ouverte aux hyperactifs.

    Si vous en connaissez, faites-leur lire ce texte et si vous en êtes, bonne lecture les amis !

    Bien entendu, nous avons tous la conviction que le monde va plus vite que nous, et que nous devons nous battre pour ne pas être à la traîne. Mais en réalité le monde ne va nulle part, ou plutôt il va dans tous les sens, car les multiples actions des uns et des autres se contrarient et se compensent mutuellement. Alors finalement le monde ne va nulle part, puisqu’en fait il ne sait pas où aller.

    Pour ne prendre qu’un seul exemple, les moyens de communication sont de plus en plus performants, et pourtant le message diffusé reste toujours aussi pauvre. Disposer de moyens surpuissants, ne suffit pas pour savoir quoi en faire.

    En vérité, le seul objectif clair que les grands de ce monde ont trouvé, pour utiliser au mieux les moyens dont ils disposent, c’est de s’en servir pour gagner de l’argent, puis d’utiliser cet argent pour conquérir plus de pouvoir, de manière à obtenir encore plus d’argent et ainsi de suite.

    Le monde n’a nulle part où aller, seule l’humanité peut lui donner un sens. Le sens de l’humain est la boussole qui manque aux agités. Retrouvons cette boussole, et aussitôt nos actions prennent de la valeur. Un homme qui rame droit, est plus utile et plus puissant que mille hors-bord s’affolant dans tous les sens.

    Une hypothèse à vérifier

    J’aimerais changer notre conviction selon laquelle « le monde va trop vite et nous, en tant qu’individus, nous peinons à le suivre ». J’aimerais que nous misions pour une fois sur une autre hypothèse : « nous n’avons pas à rattraper le monde ». A chaque jour suffit sa peine, si nous faisons au mieux de notre désir profond.

    Arrêtons-nous un moment, tout en sachant que notre mental va en être terrorisé. Il va être terrorisé par le retard qu’il prend dans les actions qu’il effectue par devoir, et qui découlent de promesses faites aux uns et aux autres sans même en avoir conscience, sans même leur en avoir parlé. Des promesses tacites mais limitantes.

    Des quantités de gens font des quantités de choses pour protéger d’autres personnes sans leur demander leur avis. Des directeurs de supermarchés obligent les paysans à baisser leurs prix de quelques misérables centimes, parce qu’ils croient que c’est important pour le consommateur, alors que ce dernier n’a pas été consulté. Des fabricants de cosmétiques font faire en cachette des tests sur les animaux pour protéger leurs clientes d’effets secondaires dont elles n’ont jamais entendu parler. Des fabricants de vêtements envoient en Turquie des jeans tout neufs, afin qu’ils soient usés par jet de sable, sans dire à leurs clients que les ouvriers chargés de cette opération mourront plusieurs années plus tard dans d’abominables souffrances. Ces fabricants croient que leurs clients désirent des jeans sablés pour suivre la mode, mais les clients les achètent sans être au courant des conséquences. Par l’effet du débordement de l’imagination humaine, des tas de gens font des quantités d’actions nuisibles, pour le compte d’autres personnes, alors que ces dernières s’y opposeraient si on leur demandait leur avis.

    Demandons au mental une trêve : courir après le temps, c’est ce que nous avons fait depuis toujours. Et pourtant, on n’a jamais réussi à rattraper le temps perdu. Le fait que nous courrons encore, prouve que la recette ne marche pas. Et c’est une raison suffisante pour en essayer une autre.

    J’aimerais vous convaincre que nous serons toujours en retard si nous continuons à courir ainsi, et vous en avez fait l’expérience. Essayons autre chose. J’aimerais vous convaincre de faire une pause, même si cela effraie votre mental à cause de promesses non tenues : elles ne le seront pas, quoique vous fassiez. Vous en avez déjà fait l’expérience.

    Et c'est là qu'une pause s'impose...

    Faites une pause et ressentez le plaisir que vous trouvez dans le simple fait de faire une pause. Faites une pause et ressentez le plaisir d’être sur la Terre sans savoir pourquoi. N’attendez pas le moment de la mort pour demander à la vie encore un peu de temps, encore une seconde, juste une minute de plus, et sentir comme c’est une chance d’être là. Ce temps vous l’avez déjà, ne le fuyez pas. Il est à vous maintenant, juste le temps d’une pause.

    Pourquoi sommes-nous là, quelle idée a eu la Vie, ou Dieu, ou je ne sais quelle force mystérieuse ? Quelle idée a eu la vie pour faire en sorte que nous soyons ici ? Je ne parle pas de nos parents, ils ne sont qu’un instrument de la vie, faisant partie d’un ensemble plus vaste. Nos parents ont pu nous mettre au monde pour toutes sortes de raisons : dans le meilleur des cas nous avons été désirés, dans d’autres cas ils ont pensé à tout autre chose. Si nous étions des amibes, nous ne perdrions pas de temps à nous demander si nos parents étaient au courant de notre venue.

    Pourquoi sommes-nous là, la question est vaste. Si vaste, qu’il n’est pas nécessaire d’y répondre tout de suite. Toutefois il est bon de laisser la question raisonner en nous : vous êtes là, n’est-ce pas déjà merveilleux ?

    Le plaisir d’être en vie, c’est ça la vie mes amis !

    Bon, mais comment agir ? Sommes-nous des amibes, qui n’ont rien d’autre à faire que d’être là ? Ou des étoiles de mer ? Ou des oursins, qui n’ont pas d’autre action à faire, que d’attendre que la nourriture vienne à eux ? Sommes-nous des êtres passifs ? Non, certainement pas.

    Mais entre « être passif » et « être agité », il y a sûrement un juste milieu, même si nous ne l’avons pas encore trouvé.

    L’action doit devenir un état d’être. On doit s’y sentir bien. On ne doit pas agir pour un résultat mais pour le plaisir d’être dans la direction choisie. Pas en fonction des autres ou des promesses faites. Mais peut-être, en fonction du plaisir d’être avec les autres.

    J’aimerais vous convaincre que ce juste milieu existe : être ensemble, pour le seul plaisir de se regarder dans les yeux, voilà sans doute la première pierre à poser.

    Se poser, comprendre que la présence est plus importante que l’action, et que l’action doit devenir un état d’être, un doux ronronnement, une toile de fond, et non le sujet principal.

    Comme les abeilles bourdonnent, ou comme les oiseaux lancent leur cri dans le ciel !

    Régis

     

    A propos... désirez-vous faire une pause respiratoire ?



    Ou bien une pause méditative ?




    Textes : Régis

     

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  • Toujours plus

    Asaliah était une abeille stressée. Comme toutes les autres elle s'activait d'arrache pied, mais à la différence de ses congénères, elle ne travaillait pas dans le plaisir. Elle avait pourtant tout pour réussir : elle était jeune, forte et belle. Mais elle était victime d'une idée qui l'obsédait de façon lancinante...

     

    Alors qu'elle n'était encore qu'une larve, les abeilles chargées de son éducation lui avaient présenté le monde sous un jour positif :

    Larve => Abeille => Miel => Progrès social

    « Tout va de mieux en mieux dans le meilleur des mondes », telle était la devise de la ruche. La même éducation était donnée à chaque future abeille dans chaque alvéole : on prodiguait ainsi à chacune, toutes les informations qui lui seraient utiles durant sa vie d'adulte.

    Le jour venu, Asaliah était sortie de l'alvéole, avec l'aide de ses sœurs plus âgées. Puis elle avait suivi le groupe des nouvelles, jusque sur le parvis de la ruche, afin d'essayer ses ailes toutes neuves.

    Nathalia, la monitrice de vol, les avait accueillies avec un mélange de douceur et de sévérité :

    - Je sais ce que vous ressentez: sans doute un peu d'appréhension. Parce que vous n'avez encore jamais volé, et que vos ailes sont probablement un peu froissées, vous pouvez vous sentir perturbées par le doute. Mais si vous suivez bien mes instructions, tout se passera à merveille. Souvenez-vous de notre devise: «Tout va de mieux en mieux dans le meilleur des mondes»

    « Maintenant écoutez-moi bien : vous ne devez pas vous envoler tout de suite, le premier vol sera pour demain. Aujourd'hui, vous allez juste essayer vos ailes : écartez vous les unes des autres, et accrochez-vous solidement au sol pour ne pas vous envoler. Vos muscles doivent d'abord s'entrainer suffisamment pour avoir la force de vous soutenir : je ne veux voir personne décoller, compris ? »

    C'était une bonne monitrice, elle savait parfaitement diriger son groupe et détourner les pensées de ses élèves des idées stressantes : ne pensant plus au risque d'échec, mais à la difficulté de ne pas s'envoler, toutes les jeunes abeilles sans exception, avaient réussi à déployer leurs ailes !

    C'était un succès total, enfin elles n'étaient plus des larves, mais de vraies abeilles ! Alors pour fêter la chose, Nathalia repris la parole :

    - répétez après moi: «Hier j'étais une larve, aujourd'hui je suis une abeille, demain je volerai. Tout va de mieux en mieux dans le meilleur des mondes! »

    Et ce fut l'enthousiasme général.

    Le lendemain Asaliah s'était envolée avec les autres, pour effectuer un vol d'essai, et puis les vents les avaient dispersées. Elle avait aperçu des paysages baignés de lumière, des images d'une beauté à couper le souffle, tandis que ses papilles étaient chatouillées par des milliers d'odeurs. Malgré toutes ces tentations olfactives, elle avait retrouvé assez facilement le chemin du retour, en utilisant les indications qu'on lui avait prodigué durant ses cours théoriques sur le vol en échappée libre. Ayant aperçu la ruche depuis tout en haut, elle était retourné vers ce havre de sécurité sans égal, où des milliers de sœurs prenaient soin d'elles.

    Asaliah avait fait cette nuit-là des rêves merveilleux, et c'est avec un plaisir immense qu'elle avait le lendemain retrouvé son groupe, sur le parvis de la ruche, pour une nouvelle échappée dans la campagne

    Répétez après moi, dit la monitrice :

    « Hier j'étais une larve, aujourd'hui je suis une abeille et je vole, demain je ferai du miel, alors tout va de mieux en mieux dans le meilleur des mondes ! » 

    Et toutes ensemble, elles s'étaient envolées dans la joie. Puis Nathalia leur avait ordonné la dispersion à la recherche de fleurs de tilleul, et Asaliah avait apprécié la confiance qui lui était faite. Ayant trouvé rapidement les fleurs en question, elle était rentrée plus tôt à la ruche, toute contente, et c'est là qu'elle avait vu Octaviah en difficulté devant l'entrée de la ruche.

    Octaviah était une vieille ouvrière, qui ce jour-là rentrait péniblement, ayant fait mauvaise récolte. Les gardiennes des portes extérieures refusaient de la laisser entrer. « On ne voulait plus d'elle », lui avaient-elles annoncé laconiquement, et elles l'avaient renvoyée sans ménagement.

    Asaliah était outrée, elle voulait en savoir plus et s'en vint trouver les gardiennes de l'entrée, mais celles-ci sont restées inflexibles. « Ordre de la Reine, avaient-elles déclaré » sans autre précision. Il est vrai qu'on ne discutait pas les ordres de la Reine, et ceci que l'on soit une guerrière, ou bien une ouvrière.

    C'est depuis ce jour-là qu'Asaliah se posait mille questions sur le système social dans lequel elle se trouvait. Même si elle continuait de suivre son groupe et d'obéir aux ordres de sa monitrice, le cœur n'y était plus. Elle ne pouvait s'empêcher, entre deux rangées de lavandes, de se poser quantité de questions sur l'utilité de ses efforts :

    « On nous avait parlé de progrès, maugréait-elle, mais comment y croire encore, en sachant qu'après tant de bons et loyaux services, de vieilles ouvrières sont jetées dehors ? Quel est donc le sens de la vie ? »

    Autour d'elle personne ne la comprenait. Ses sœurs étaient totalement acquises aux habitudes de joyeuse discipline qui régnait dans la ruche. Bien évidemment, Asaliah ne pouvait pas se risquer à aborder le sujet devant sa monitrice, qui était douce mais ne transigeait pas sur les règles de conduite, et s'en tenait toujours aux informations officielles qui lui avait été prescrites.

    Un jour pourtant elle s'était décidée à évoquer ses doutes auprès de Galimatiah, une de ses anciennes éducatrices, pensant trouver en elle une oreille compréhensive. Mais l'éducatrice ne semblait pas au courant de la situation :

     - comme nous te l'avons expliqué, dit-elle, le cours de la vie suit le sens du progrès. Nous vivons dans la ruche numéro 4. Nous devons faire notre part de miel et ne pas nous laisser dépasser par les autres ruches. Tous les ans vois-tu, le propriétaire fait les comptes. Nous avons besoin de lui, car il est bon et nous fournit en hiver lorsqu'il n'y a pas de fleurs. En échange il récolte le miel en été.

    - est-ce nous qui le nourrissons ?

    - Non, il ne mange pas beaucoup de miel. Nous dépendons de lui, mais lui aussi, semble dépendre de quelqu'un, à qui il s'en va porter notre miel, ainsi que d'autres nourritures qu'il produit dans ses champs. Nous sommes ses ouvrières, et je pense que lui aussi, ce doit être une sorte d'ouvrier.

    - alors il a une reine ?

    - Certainement. Si nous ne produisons pas assez de miel, il sera obligé de faire venir du miel d'ailleurs, tu comprends ? Il faut absolument tenir la cadence.

    - Et c'est ça que tu appelles le progrès ?

    - Oui, il faut faire de plus en plus, de mieux en mieux : est-ce que ce n'est pas une belle aventure ? Toujours plus, toujours mieux ! Tout va de mieux en mieux dans le meilleur des mondes !

    Asaliah est partie pensive. « Je ne tirerai rien d'intéressant en interrogeant les unes et les autres, pensa-t-elle. Elles croient à ce qu'elles disent, mais elles vivent trop en circuit fermé... Si je veux en savoir plus, il faut que je sorte de là !»

    Un jour où elle volait en échappée libre, Asaliah a décidé de ne pas rejoindre la ruche, et de partir explorer le monde à la recherche des informations qui lui manquaient. Elle savait que c'était dangereux, ses éducatrices l'avaient depuis longtemps mise en garde : « la nuit est pleine de dangers pour nous, les abeilles. Il fait froid et on n'a rien à manger. Pire encore, on risque de servir de pâture à des prédateurs, dès lors qu'on est posée quelque part. Et il est quasiment impossible de voler sans y voir clair. Alors dès que la lumière baisse, rentrez-vite, les filles ! »

    Mais Asaliah avait remarqué que les insectes prédateurs ne vont pas naturellement vers les parfums légers et subtils, ils recherchent plutôt des odeurs fortes, nauséabondes, espérant ainsi trouver quelque bestiole égarée, morte ou en passe de l'être. Alors le soir venu elle se glissa dans une vaste fleur agréablement parfumée. Elle resta là et se fit toute petite, pour ne pas être aperçue.

    Comme si la fleur la comprenait, elle se referma délicatement à la tombée de la nuit ; Asaliah était maintenant allongée à même la fleur, protégée par ses pétales. Dans cet abri elle ne risquait ni de mourir de froid, ni d'être attaquée durant son sommeil, alors elle s'endormit paisiblement. De temps à autre, la brise faisait doucement tanguer la fleur sur sa tige, et Asaliah rêvait que le vent venait la bercer dans son sommeil.

    Au petit matin la fleur s'ouvrit, libérant une Asaliah toute émerveillée. Elle avait toute la journée pour découvrir le monde, et une journée, c'est long pour une abeille.

    Asaliah regarda les fleurs, les arbres, les graines, le sable et le gravier. Elle cherchait un message caché derrière les apparences. Elle repensa à ce qu'elle avait appris à l'école des abeilles, que tout est progrès, que le monde est en évolution vers toujours plus de richesses et d'harmonie. C'était sans doute une assez jolie manière de présenter les choses, se dit-elle, mais alors pourquoi la vieillesse, la souffrance et la mort ?

    Perdue dans ses pensées, elle n'avait pas vu venir la fourmi. Les fourmis, c'était le plus grand ennemi des abeilles, on le lui avait bien dit à la ruche : « ne te pose jamais près des fourmis, elles se jettent sur nous à plusieurs et nous tuent pour nous manger ! Il y a deux sortes de fourmis, les fourmis noires et les fourmis rouges, lui avait-on dit aussi. Ces bêtes-là se battent entre elles mais ne valent pas mieux les unes que les autres, ce sont des sauvages, des cannibales !  On se doute bien qu'elles nous en veulent particulièrement : elles sont jalouses de nous parce qu'elles n'ont pas d'ailes. »

    Mais cette fourmi n'était pas comme les autres, c'était une fourmi verte, et Asaliah n'avait jamais entendu parler de fourmis vertes.

    - Ne t'en vas pas, ne t'en vas pas! lui cria la fourmi. Regarde, je suis toute seule, on ne va pas se jeter sur toi à plusieurs, ajouta-t-elle comme si elle avait deviné ses pensées. Tu sais, je suis un peu comme toi, je suis partie...

    - Ha bon, c'est parce que tu étais vieille?

    - Mais non, tu vois bien que je ne suis pas vieille, mais je suis devenue toute verte et ça, ça ne se fait pas chez les fourmis !

    - Mais pourquoi tu es devenue toute verte?

    - C'est parce que j'ai eu peur, très peur, je suis devenue verte de peur...

    - Je pensais que les fourmis ignoraient la peur... On m'a dit que vous étiez des guerrières... Et même... Je n'ose pas le dire...

    - Des cannibales?

    - Heu... Oui...

    - Les fourmis ont leurs mœurs, c'est vrai, mais il ne faut rien exagérer. Guerrières nous le sommes, cannibales non... Et puis, je ne suis pas une fourmi comme les autres, je suis partie vivre seule dans la nature, en ermite.

    Ma couleur m'y a bien aidé, il est facile pour moi de me rendre invisible... En vivant seule j'ai beaucoup appris, et maintenant les autres fourmis viennent me voir _enfin, quand elles me trouvent, ha ha ha...

    - Elles t'ont jeté dehors et maintenant elles viennent te voir?

    - Oui, quand elles sont malades... parce que je connais les plantes. Tu sais, mes relations avec les fourmis se sont bien arrangées. Tu ne risques rien ici, elles savent que tu es mon invitée.

    - Ton invitée?

    - Oui, enfin si tu désires rester et discuter un peu... Tu sais j'ai beaucoup appris, non seulement à l'école des fourmis, mais aussi à l'école de la vie.

    - Et qu'est-ce qu'on apprend à l'école des fourmis?

    - On y apprend que tout est cyclique: le jour et la nuit, l'été et l'hiver, l'eau et le feu, tu vois, tout est cycle...

    - On ne dit pas ça à l'école des abeilles, on dit que tout est progrès!

    - Oui je sais, quelques abeilles me l'ont dit...

    - Tu connais le monde des abeilles?

    - Oui, j'ai eu l'occasion d'en aider quelques-unes, un peu perdues ou blessées, comme toi... ce sont elles qui m'ont donné le nom d'Hydromel, parce que dans le monde des fourmis on ne nous donne pas de nom, seulement un numéro de matricule... le mien était le 12.212.

    - Juste un numéro, mais c'est horrible ! Moi je m'appelle Asaliah, c'est joli n'est-ce pas ?

    - Oui, c'est un nom qui te va bien

    - Et qu'est-ce qu'on apprend d'autre à l'école des fourmis?

    - Hé bien tu sais, à l'école des fourmis on ne rigole pas, la discipline y est sévère !

    - Jusque là c'est comme chez nous...

    - Pire encore ! On nous fait tout apprendre par chœur ! Et il y en a des choses à apprendre, les fourmis ont beaucoup réfléchi, beaucoup travaillé dans les siècles passés.

    Selon une ancienne légende, les fourmis étaient pauvres autrefois. Il n'y avait pas assez à manger pour tout le monde, en hiver nous mourrions par milliers. Alors nos sages se sont retirées dans les montagnes, et elles ont réfléchi. Elles ont beaucoup observé la nature, et puis elles ont mis en commun leurs réflexions. Elles ont observé la croissance des graines et des plantes, des fleurs et des fruits, elles ont découvert la loi des cycles, et ont décidé de beaucoup travailler en été, afin de stocker des provisions pour l'hiver. Notre civilisation vois-tu, est basée sur le stockage des graines. Nous avons beaucoup réfléchi à propos des graines.

    - Qu'est-ce qu'il y a donc de si spécial dans la graine ? Nous on préfère les fleurs !

    - Vous avez le droit de préférer les fleurs. De toutes façons, les fleurs produisent des fruits, dans lesquels se trouve un noyau qui ressemble tout à fait à une grosse graine.

    - Ha bon ? Je n'avais jamais pensé à ça. Alors, qu'y a-t-il de si spécial dans la graine ?

    - La graine est le résumé de la plante, elle permet à la plante de pousser correctement selon le dessin propre à son espèce. Par exemple un gland contient le dessin d'un chêne, une graine de tournesol contient le dessin du tournesol. Nous avons beaucoup étudié les graines, certaines nous donnent plus de solidité, d'autres plus de souplesse, nous ne stockons pas n'importe quoi !

    Nous faisons attention à notre équilibre alimentaire et aussi, nos sages nous ont prévenues  que nous ne devions pas stocker toutes les graines d'une même espèce, sinon cette espèce disparaitrait à tout jamais, et nous en serions privées dans les générations futures.

    - Oh là là, mais c'est sophistiqué chez les fourmis! De quoi diable as-tu eu peur, dans un monde comme celui-là, où tout est si bien prévu...

    - Trop bien prévu peut-être... Dis-moi, et toi comment tu aurais réagis, si tu avais été une fourmi ?

    - Hé bien, ce qui m'étonne chez vous, c'est que tout est cyclique... Où est le progrès alors ? Vous travaillez sans arrêt, et si ce n'est pas pour progresser, c'est pourquoi faire alors ?

    Pardonne-moi si je suis trop brutale, mais pour moi c'est un peu comme si vous faisiez du surplace. Oui, je le trouve triste le monde des fourmis, c'est un monde sans avenir. Finalement, c'est plus gai chez les abeilles.

    - Alors pourquoi tu es partie ?

    - Parce que c'était pas vrai ce qu'on nous racontait. C'était une jolie histoire, mais avec des fausses notes. Chez vous ça sonne plus juste, mais ce n'est pas drôle du tout.

    - Hé bien voilà pourquoi je suis devenue verte: je me voyais finir mes jours en enfer, un enfer de travail et d'épuisement !

    Il va sans dire que chez nous aussi, la vieillesse est une maladie honteuse : dès lors qu'on ne peut plus travailler, on devient une bouche à nourrir, « une bouche inutile » comme elles disent. Et j'ai eu peur de ça aussi...

    - Mais tu as l'air d'avoir bien surmonté cette affaire, n'est-ce pas, si j'en juge à la magnifique couleur de ta peau...

    - Oh oui ! Si tu m'avais vue au début ! J'étais d'une couleur vert de gris, une couleur de moisi... Et au moindre choc, une fine poussière verte tombait de ma peau, c'était pitoyable !

    - Alors, comment est-ce que tu t'en es tirée?

    - J'ai fait comme les sages d'autrefois, j'ai regardé autour de moi. J'ai observé la nature, pour y trouver des indices. Ce qu'on m'avait enseigné à l'école des fourmis m'a bien aidé tu sais, mais ce n'était pas suffisant!

    J'ai dû observer, comparer, vérifier, apprendre et apprendre encore. Je me sens mieux aujourd'hui, je connais les plantes qui guérissent et j'ai retrouvé la santé, mais je n'ai pas fini d'apprendre, la nature est si vaste.

    A ce moment une petite fourmi noire arrive en courant et touche les antennes de la fourmi verte pour lui passer un message.

    - On me prévient que les abeilles te cherchent, dit Hydromel, elles tournent dans les parages. Si tu ne veux pas retourner à la ruche manu militari, tu ferais bien de filer. Vas à la rivière te débarrasser de ton odeur, sinon elles te retrouveront facilement.

    - Mais de quel côté se trouve la rivière ?

    - Par là, suis la clôture du près, passe à l'abri sous les arbres, vite ! Arrose-toi bien, mais ne te noies pas quand même ! Allez, vite !

    Asaliah partit à tire d'ailes... Au moment où elle arriva au bord de l'eau, elle entendit le bourdonnement d'un groupe d'abeilles... Que faire ? Il lui fallait plonger, ce qui était horriblement dangereux !

    Galimatiah les avaient prévenues: les abeilles ne sont pas faites pour voler dans l'eau ! « ne vous laissez pas piéger les filles, leur avait-elle dit, une fois dans l'eau c'est trop tard pour réfléchir... Beaucoup d'abeilles se laissent surprendre, parce que la surface de l'eau reflète parfois le ciel ou les arbres, ne vous y laissez pas prendre... ».

    Mais Asaliah n'avait pas le choix. Elle voulait absolument revoir la fourmi verte et suivre son enseignement : elle ne pouvait pas se permettre de rentrer bredouille à la ruche, sans les informations qu'elle était partie glaner dans le vaste monde...

    Alors elle plongea, malgré la peur terrible qui la faisait frissonner. En un instant elle se sentit absorbée par le dangereux liquide... L'eau l'emmenait de plus en plus vite sans qu'elle comprenne ce qui lui arrivait... Aspirée sous la surface, elle se sentait balloter en tous sens, ne pouvant plus respirer, et voyait trouble sans savoir pourquoi... Elle ne savait même plus si elle reverrait un jour la surface, ni la couleur de l'herbe, ni les fleurs, ni ses amies qu'elle avait quittées... Elle se sentit toute petite, incroyablement fragile... Fallait-il encore espérer ? Elle sut instinctivement qu'elle ne devait respirer sous aucun prétexte, mais c'était si difficile ! Et puis, à quoi bon retenir sa respiration puisque bientôt elle serait morte, oui, elle voyait bien qu'elle allait disparaître...

    Or voici qu'au moment où elle se croyait perdue, ce fut le retour brutal à la surface ! Pourquoi ? Comment ? Impossible de le savoir, et ça n'avait pas d'importance puisque, enfin, elle pouvait respirer !

    Le cauchemar n'était pourtant pas fini. Un courant puissant l'entrainait toujours on ne sait où, elle entendait l'eau bouillonner à ses oreilles, et parfois buvait la tasse... Mais finalement elle fut ramenée vers la rive, ne sachant ni comment ni pourquoi.

    Découvrant que ses ailes toutes mouillées étaient pitoyablement lourdes, et ne lui permettaient plus de s'envoler, elle dût encore les faire sécher. Mais elle n'avait plus peur de rien ni de personne, après ce qu'elle venait de vivre !

    Elle se mit au soleil et attendit. Un groupe d'abeille passa sans l'apercevoir, et quand elle fut sèche elle essaya, tout en restant au sol, de faire fonctionner ses ailes toutes propres : elles émettaient un bourdonnement normal, signe que tout fonctionnait correctement.

    Elle pouvait désormais s'envoler, il ne lui restait plus qu'à retrouver Hydromel le plus rapidement possible et sans se faire prendre... Comme elle se doutait bien qu'elle avait dû faire pas mal de chemin sous l'eau, elle remonta la rivière jusqu'au point de départ, puis ayant retrouvé ses repères, elle fila bon train le long de la clôture du près...

    La fourmi verte l'attendait, toujours aussi paisible :

    - Oh là là si tu savais, lui cria Asaliah, j'ai eu une peur bleue !

    - Ça ne m'étonne pas... est-ce que tu as vu ta couleur? répondit Hydromel un peu amusée. Sais-tu que ta peau a pris une magnifique couleur bleue ?

    - Non, tu plaisantes ?

    - La plaisanterie n'existe pas chez les fourmis tu sais... regardes tes pattes, ta peau...

    Asaliah faillit chavirer de surprise, et malgré la jolie couleur qu'elle avait prise, elle se sentit perplexe et ne savait que dire. Hydromel trouva rapidement les mots qui convenaient :

    - On dirait que tu es toute bronzée, n'est-ce pas ?

    - Oui, mais personne ne me reconnaitra plus, dans le monde des abeilles !

    - Ne t'inquiètes pas, elles apprendront à t'aimer pour tes nouvelles qualités

    - Mes nouvelles qualités ?

    - Peut-être n'en es-tu pas encore consciente ? En tous cas tu verras, avec ce bleu, tu vas être quasiment invisible dans le ciel...

    - Ha bon? Alors tu crois que c'est ma nouvelle tenue de travail?

    - Oui, il va falloir que tu te trouves une nouvelle mission, parce que je te vois mal retourner à la ruche et faire du miel

    - Tu as raison, je risquerais de faire du miel bleu...

    Une escadrille d'abeilles passa sans s'arrêter :

    - Tu vois, dit Hydromel, elles ne te détectent plus, tu n'as plus ton odeur caractéristique. Et puis elles ne cherchent pas une abeille bleue, te voilà tranquille pour le moment! Félicitations, tu as traversé ta peur, tu n'auras plus peur de rien maintenant!

    - Alors ma mission, ça pourrait être de rassurer les autres ?

    - Je ne choisirai pas ta mission à ta place. Tu pourras toi-même décider selon ton ressenti profond.

    - Si c'est à moi de choisir, j'aimerais bien aider les vieilles abeilles. Je me vois bien planer quelque part, loin au-dessus de la ruche, en attendant le moment d'intervenir.

    - Oui, tu pourras planer, invisible dans le ciel bleu...

    - Est-ce que tu as trouvé une réponse aux choses difficiles de la vie ? Tu sais, ces choses que l'on ne veut pas voir dans le monde civilisé, ni chez les fourmis, ni chez les abeilles ?

    - Tu veux parler de la souffrance, de la vieillesse et de la mort? J'ai réfléchi à tout cela. Mais j'aimerais que les réponses viennent aussi de toi.

    - De moi ? Justement je ne sais pas ! Dans le monde des abeilles, on ne parle jamais de la mort !

    - Maintenant que tu as entendu parler de la loi des cycles, tu vas peut-être avoir des idées nouvelles ?

    - Voyons, par analogie avec le jour et la nuit, peut-être que la mort et la vie? Après la mort il y aurait la vie ? Ce serait ça ? D'après ta fameuse loi des cycles ?

    - Tu n'es pas obligée d'y croire.

    - Je ne demande qu'à y croire, ce serait tellement plus rassurant, mais... est-ce que c'est vrai ?

    - Personne ne le sait, en matière de vérité tu sais, on ne peut jamais être totalement sûres, tu le vois bien dans la nature. Il arrive qu'il y ait un hiver doux, un été pourri... On peut seulement faire des paris: quelle est la loi la plus probable d'après toi, celle du progrès ou celle des cycles?

    - Hum, laisse-moi réfléchir... Manifestement, la loi des cycles a l'air conforme à ce que l'on voit dans la nature... Bon... tu m'as convaincue pour la vie et la mort. Mais pas pour la vieillesse _et c'est là que le bat blesse, car c'est ce que je crains le plus.

    - La souffrance et la vieillesse, voilà bien deux choses qui paraissent injustes, n'est-ce pas?

    - Surtout quand on vient de la ruche: «tout va de mieux en mieux dans le meilleur des mondes», c'était notre devise...

    - Bon, alors tu la situes où la vieillesse, maintenant que tu connais mieux la loi des cycles?

    - Je dirais... on peut opposer la jeunesse et la vieillesse... la jeunesse c'est éblouissant comme le jour, et la vieillesse, ce serait comme la nuit ?

    - Sois plus précise, compare avec les saisons

    - Alors la jeunesse, c'est une période de croissance, comme le printemps, et la vieillesse, c'est un peu comme l'automne ?

    - Oui, c'est une période de décroissance, on est à l'envers du progrès, cher à tes amies les abeilles...

    - C'est pour ça, je ne vois pas en quoi c'est rassurant... Loi des cycles ou pas, ce n'est pas drôle d'être en récession. Et je ne crois pas que vous, les fourmis, avec votre loi des cycles, vous ayez trouvé la panacée universelle...

    - Objection accordée, mademoiselle l'abeille! Continuons nos investigations: entre la loi des cycles et la loi du progrès, il va falloir choisir, probablement?

    - Je pourrais à la rigueur accepter ta loi des cycles, mais à condition qu'il y ait progrès à chaque cycle. Tu sais, comme les aigles, quand ils prennent de l'altitude. On a l'impression qu'ils tournent en rond mais à chaque cercle ils s'élèvent.

    - Fabuleux ! Je vote pour cette hypothèse ! Et maintenant, comment tu situes la vieillesse et l'automne dans ce cycle ?

    - Hé bien... Je ne vois pas trop...

    - Que fait-on en automne?

    - On se gèle. On craint l'hiver. On regrette l'été peut-être? C'est une saison mélancolique. Comme la vieillesse d'ailleurs. Brou... J'aime pas beaucoup. Rien que d'y penser, j'en ai la chair de poule!

    - Que font les paysans dans les champs? Que font les fourmis dans les près?

    - Les paysans, ils ramassent les noix, les pommes, les poires... Ils font des confitures, des réserves pour l'hiver. Tiens, les fourmis aussi...

    - Les paysans sèment des graines et nous les fourmis, on les vole (rire)... On les ramasse vite avant qu'ils viennent passer la herse, et puis on les stocke pour l'hiver... En automne, on vérifie que les stocks sont corrects, bien au sec, on classe, on met tout à l'abri. Et nous aussi on se met à l'abri. Tu ne verras pas beaucoup de fourmis circuler à l'air libre en automne: on rentre à l'abri des fourmilières.

    - Et alors, par analogie avec l'automne, la vieillesse se serait la saison de la mise à l'abri et du stockage? Mais du stockage de quoi ?

    - Des bons souvenirs. De ce qui a bien fonctionné dans cette vie.

    - Tu veux dire que quand tout va de plus en plus mal, on pense au passé, on repense à sa jeunesse...

    - Exactement. Dans les phases du cycle où tout va bien, on ne se soucie pas du passé... Tandis que là, on y pense et on y repense, sans s'en rendre compte on met en réserve les bonnes recettes, quelque part très profond, comme le fait une graine... on engrange une impression, peut-être pas le souvenir lui-même, mais une empreinte, une trace qui fera que dans la vie suivante, on saura, instinctivement, quelque chose de plus...

    - Donc si j'ai bien compris, la vie n'est pas si mal faite, quoi? Tu vas finir par me direque «tout va de mieux en mieux dans le meilleur des mondes»...

    - Non pas «tout va de mieux en mieux», mais plutôt «il y a alternance de joies et de souffrances»...

    - Et selon toi, la souffrance aurait un sens ?

    - Peut-être bien. Evidemment comme tout le monde je m'efforce d'échapper à la souffrance, mais si je suis objective, je suis bien obligée de constater que la souffrance nous réveille et nous oblige à rester alertes: c'est un accélérateur de conscience.

    - Oui mais enfin si la vie était bien faite, on pourrait avoir la conscience sans la souffrance !

    - Peut-être qu'avec de l'entrainement on y arrive. Chez les fourmis on subit un entrainement très rude tu sais, et à la fin on ne souffre quasiment plus. Il est possible d'avoir une sensation intense de froid, par exemple, sans pour autant souffrir. Car vois-tu, il ne faut pas confondre sensation forte, et souffrance.

    - Là, j'ai un peu de mal à te suivre.

    - Ha bon ? Alors dis-moi, quand tu as plongé dans la rivière, est-ce que tu as senti que l'eau était froide ?

    - Non tiens c'est vrai... J'ai eu tellement peur de heurter quelque chose, ou de ne jamais plus revoir la surface, que je n'ai pas fait attention au froid

    - Et pourtant, la rivière à cet endroit est particulièrement froide. Ce n'est pas toi qui a choisi consciemment de ne pas ressentir le froid, n'est-ce pas?

    - Non

    - Alors, on peut considérer que ton corps a choisi pour toi: comme il y avait des dangers plus importants, plus prioritaires _risque de se briser quelque chose, ou de mourir par asphyxie_ ton corps n'a pas trouvé utile de te faire ressentir le froid...

    - C'est incroyable !

    - La sensation est une alerte. Le corps choisit, selon des priorités du moment, quelles sensations il doit envoyer à la conscience

    - Et la souffrance alors ?

    - Une souffrance, c'est une sensation que l'on n'accepte pas.

    - Moi, j'ai remarqué que la souffrance est souvent liée à la peur des conséquences, par exemple si on a peur de prendre froid, on ne va pas seulement avoir la sensation du froid, mais aussi la souffrance du froid

    - Oui exactement, la souffrance est liée à une peur. Toi, quand tu t'es glissée dans une fleur pour te cacher, et que la fleur s'est refermée sur toi, tu aurais pu passer une très mauvaise nuit, si tu n'avais pas accepté cette situation

    - Je crois que je me serais sentie prisonnière et que j'aurais très mal réagi, si je n'avais pas eu confiance dans ce qui se passais...

    - Mais tu as choisi de penser que la fleur te protégeait...

    - Et ça s'est super bien passé... Mais la vieillesse me fait peur... J'ai beau me dire que c'est une phase de la vie... que c'est utile pour engranger des souvenirs... ou leur trace... il y a quand même cette souffrance-là... liée à l'irréversible... c'est dur de savoir que ce qu'on a perdu, ne reviendra pas...

    - Oui, ça t'oblige à diminuer ton rayon d'action

    - ça diminue mon autonomie...

    - Et donc ?

    - Et donc je sais bien que je ne pourrai qu'aller moins loin, faire moins de choses...

    - Quand tu réduis un peu plus ton rayon d'action, tu es comme l'arbre qui concentre sa force, ou son savoir, ou je ne sais quoi, dans la graine qu'il va laisser pour les générations à venir...

    - Tu veux dire que, de réduire mon rayon d'action, c'est pas entièrement négatif ?

    - Tu réduis ton rayon d'action, tu repenses au passé, tu mémorises... Je ne dis pas que c'est bien ou que c'est mal, c'est un processus...

    - Donc les choses sont ainsi faites que, automatiquement, on engrange des impressions du passé ?

    - Oui c'est un peu mélancolique, on aime ou on n'aime pas, mais ça marche comme ça...

    - Décidément, pas si bête que ça la nature... Elle tire bien son épingle du jeu, mais nous? Parce que... c'est bien beau ton histoire de cycles, là, mais ça me fait penser aux tourbillons dans les rivières, aux tourbillons de vent quand il s'affole... Alors je me dis... Faudrait pas qu'on se laisse broyer...

    - La seule solution, c'est de s'adapter avec le plus de souplesse possible... Plus de souplesse, moins de souffrance... L'acceptation des cycles naturels, voilà la clé de la souplesse... En tous cas c'est la seule solution que j'ai trouvée... Faire comme le roseau qui se courbe et se redresse...

    - On devrait peut-être en parler aux hommes. Tu sais ce sont les patrons des abeilles, ils ont l'air très intelligents, ils construisent plein de choses et nous aident en hiver.

    - Oui mais les civilisations humaines sont encore jeunes, aucune d'elles n'a réussi à tenir plus de quelques siècles. Nous les fourmis, on s'introduit facilement jusque dans leurs maisons, on les surveille de près et crois moi, les hommes sont encore plus paumés que nous, leur civilisation actuelle est en péril.

    - Ha bon, c'est si grave que ça ?

    - Oui. Très grave. Ils se croient supérieurs à la nature, c'est du délire total. Il va falloir se débrouiller sans eux. Dommage, ils étaient intelligents c'est vrai... 

    Texte : Régis

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